Cheikha Rabia
Parler de « Cheikha Rabiah » c’est parler d’une chanteuse de Rai traditionnel, d’une femme de nature forte et courageuse dont le parcours s’est inscrit au fil du temps dans la lignée des grandes dames de la chanson algérienne.
DE RELIZANE A ORAN
Originaire de Relizane, village dans la région de Mostaganem, près d’Oran, Rabia est la fille d’un coiffeur (un ancien combattant de la Première Guerre Mondiale ) et d’une couturière. Elle découvre le chant des femmes lors de célébrations et fêtes de mariages. Ces chanteuses, appelées « Meddehates » interprétaient, devant des assemblées exclusivement féminines des mélopées sur fond de percussions.Elle a 14 ans alors et veut apprendre, elle travaille toutes sortes de répertoires, même celui jusque-là interdite aux femmes, celui des « Chioukhs ou Cheikh», « ces Maîtres » qui célèbrent la poésie bédouine et improvisent sur l’actualité, des chants agrémentés par l’harmonieuse musicalité de la flûte de bambou, la Gasba. C est le croisement de ces deux profondes traditions, l’une masculine et l’autre féminine, qui, plus tard, donnera naissance au Rai. « Une nouvelle Musique populaire est né de la rencontre entre le chant et les percussions des Meddehates, et celui des flûtes des "Cheikh . D’où le nom de Cheikha («maîtresse chanteuse») donné, dès l’âge de 18 ans à Rabia » comme l’explique la journaliste Eliane Azoulay (« Les Maîtresses du Rai », article paru dans Télérama le 10/2/99).
D’ORAN A ALGER
Après s’être fait remarqué à Oran, dans cette Algérie nouvellement indépendante des années 60, elle fait le pari de partir à Alger, sur l’invitation d’une chanteuse et de son groupe de musiciens. Elle ne saisit pas encore l’importance de cette nouvelle expérience et, pour la première fois, elle fera face à un public exclusivement masculin d’une salle animée d’un cabaret algérois où elle expose sans complexes sa féminité musicale. « J’étais tellement mal à l’aise, debout face à cette assemblée d’hommes que j’ai été prise d’un fou rire mais dès que j’ai commencé à chanter, tout allait très bien, c’est comme si je l’avais fait toute ma vie » dit-elle en se rappellant sa première scène. Après cette première expérience concluante de trois mois, Rabia est déterminée à vouloir continuer et décide de s’installer, avec ses parents, à Alger où, durant plus d’une décennie, elle va se produire régulièrement dans les clubs et cabarets, magnifiant, de sa profonde voix rauque et androgyne, ce blues rural, lancinant et lascif, ce « Rai d’avant le Rai ». A Alger, Rabia se marie et fait des enfants.
D’ALGER A PARIS
Dans la logique de son parcours artistique, après Alger.direction Paris ! En 1977, la chanteuse trentenaire quitte la capitale algérienne pour la capitale française, où elle achète un bistrot, rue des Pyrénées, tout en continuant à se produire dans les petits cabarets communautaires de la capitale (de Stalingrad à la Goutte d’Or) devant cette première génération des immigrés de l’Ouest Algérien, nostalgiques de leurs campagnes et de ses traditions rituelles ancestrales. Quand elle divorce, une période difficile s’annonce pour elle : elle doit se consacrer à l’éducation de ses enfants et elle n’a pas d’autre choix que d’arrêter le chant. Cinq ans plus tard, elle vend son café et recommence à chanter le week-end afin de ne pas perdre sa voix. Après plusieurs succès discographiques en Algérie, elle enregistre un premier album en 1999 chez Virgin-France avec un titre puissant, « Ana Hak », suivi d’une tournée européenne de plus de 60 dates où elle découvre l’Europe et la France : Amsterdam, Bruxelles, Roubaix, Genève, Nîmes, Marseille, etc… Depuis, pour entretenir sa voix rauque et sensible, Cheikha Rabia ne se permet aucun relâchement : elle cumule les dates de concerts, alternant les passages dans les festivals de renom comme dans les centres culturels de banlieue, les bistrots ou les salles prestigieuses. Lors d’une rencontre avec le label Dinamyte, elle découvre en 2005 que sa personnalité intéresse les nouvelles générations d’artistes qui affichent clairement leur engouement. Deux plus tard, voilà le nouvel album de Cheikha Rabia « LIBERTI » produit et réalisé par Dinah Douïeb