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Cheikha rimitti biographie


elle enregistra son premier 45 tours en 1936 chez pathé marconi remitti a plus de 400 cassettes à son actif quelques 300 disques 45 tours.plus de 55 disque 78 tours.on n'a pas le compte des cds mais le dernier,"trab music", a été enregistré en décembre 99 et est sorti le 27 mars chez culture press.

dans les bacs le 27 mars 2000.
"c'est joyeux comme le funk et triste comme le blues. creuset de tous les espoirs et de toutes les déprimes, la musique raï a de qui tenir son âme, cheikha remitti...
libre et rebelle, réaliste et imprévisible, cheikha remitti, originaire de l'oranie, ne veut pas vieillir, malgré ses tempes grises elle a le c?ur et l'esprit jeunes comme le raï. elle persévère dans son être et son art, sans concession, sans retenue, avec la vérité parfois rageuse de ceux qui n'ont rien à perdre et qui ne cherchent pas les vains honneurs du monde.

bien ancrée dans l'imaginaire collectif du maghreb profond depuis plus d'un demi siècle, remitti en bonne paysanne chante l'amour, l'amitié, le deuil, la guerre, l'alcool, l'émigration, la révolte...l'abondance de sa production des 78 tours au format cd montre la diversité de son art et son adaptation à toutes les modes. de ses racines rurales et populaires ( gasba, gallal..) elle enchaîne avec la guitare , la basse, la derbouka, la batterie, la trompette de messaoud bellemou, et le synthé de maghni mohamed. deux monuments, à la base de la modernisation de la musique raï."

aux sources du raÏ par rabah mezouane

née le 8 mai 1923 à tessala, dans la région de sidi bel-abbès. la petite fille, répondant au prénom de saâdia, avait à peine dix ans quand retentissaient les échos sonores des premières dames de la chanson oranaise, au ton mutin et égrillard. elles se nommaient fatma bent el meddah ( auteur de "fatma fatma"), kheira guendil ( "sidi boumediène" et"ghir el baroud"), zohra bent oûda ( "khayef la yedouk") ou zohra relizana ("moula baghdad").

leur répertoire, une sorte de produit de synthèse, mariait les prosodies des meddahates( ensemble féminin chantant les louanges d'allah et du prophète face à un auditoire rassemblant exclusivement des femmes) à des aires prenant des libertés avec les rimes des cheikhs et s'orientant vers des thèmes plus en rapport avec leur conditions. les cheikhates eurent très vite mauvaise presse et bien des moralistes les décrièrent et accusèrent les autorités coloniales d'encourager "ce genre caractérisé par le relâchement des meurs et l'abaissement moral du peuple algérien..."

celle qui se définit elle-même comme une chanteuse pour nocturnes a eu un itinéraire d'enfants peu gâtée. orpheline très tôt, elle s'installe à l'âge de vingt ans à rélizane, grand centre agricole, sous la protection de son saint-patron sidi m'hamed ben ouda. matériellement, comme dans tous les centre "coloniaux" en ces années 30, la situation devenait de plus en plus difficile pour les défavorisés. "on grillait le grain de blé pour remplacer le café, que l'on buvait avec du sirop. c'était l'époque où l'on s'habillait de matelas, où l'approvisionnement s'effectuait avec des bons et où le louis d'or équivalait à dix francs" raconte, émue, remitti à bouziane daoudi de libération. elle ajoute : " quand la sirène sonnait, on fuyait dans les vignes et on se cachait dans les trous." . a cette époque, la jeune saâdia va de quartier en quartier, dort dans les hammams. " j'était comme possédée, j'allais parfois me reposer dans les sanctuaires", se souvient-elle. quelquefois, elle fait le bonne pour des ménages français en échange d'un lit et de menue monnaies. survient la seconde guerre mondiale et sa procession de misère, de disette et de désarroi complet. remitti, en ces temps d'incertitudes graves, se raccroche à une troupe de musiciens hamdachis avec qui elle mène toujours le même vie de patachon. elle les suit de galère en galas, dansant jusqu'à l'épuisement total. " on bougeait tout le temps et je voulais toujours partir ailleurs"

a ce moment-là, de terrible épidémies se sont abattues sur le pays ( albert camus l'a relaté dans la peste, roman ayant^pour cadre oran), accentuant le sordide du quotidien, et rimitti s'inspirera de ce spectacle de la désolation pour improviser ses premiers vers. tout son répertoire sera par la suite empreint de ce vécu. " c'est le malheur qui m'a instruit. les chansons me trottent dans la tête et moi je les retiens de mémoire. pas besoin de papier et de stylo",aime-t-elle à répéter. sa rencontre avec le déjà célèbre cheikh mohamed ould ennems, qu'elle qualifie de "champion de la gasba", sera déterminante. elle se met en ménage avec lui alors qu'il est déjà père de dix enfants et il l'introduit dans le milieu artistique en la faisant enregistrer à radio alger. mais, ainsi qu'elle le prétend, la première fois où elle se fait remarquer, c'est au cours d'un de ces nombreux cérémonials qu'elle effectue à sidi abed, près de oued rhiou. immortalisées par un chant de cheikh hamada ( où il y est dit qu'hommes et femmes étaient mélangés), les réjouissance peu orthodoxes de sidi abed se déroulaient sous des tentes qui, chacune, proposait un artiste - confirmé ou débutant - et le public payait entre 10 douros ( 50 centimes) et 20 douros pour assister au spectacle. une femme remarque la voix rauque et persuasive de remitti et lui suggère de la présenter à un français qui enregistrait des cheikhs. du reste, le surnom de remitti tire son origine d'un cérémonial raté à sidi abed. ce jour-là, une pluie torrentielle empêche la représentation. pendant que les militaires français démontent les tentes, saâdia, en compagnie de ses musiciens et des cheicks hmada et bouras, court se réfugier dans une "cantina" pour y boire un café. l'apercevant et la reconnaissant, des clients l'accueillent avec enthousiasme. flattée, elle offre une tournée mais, ne parlant pas la langue de molière, elle se remémore un bout de chanson où elle disait : " remettez un panaché, madame " et le fredonne à la barmaid. la clientèle se met à scander "remitti, la chanteuse remitti !". depuis elle porte ce patronyme comme un étendard et c'est sous ce nom de cheikha remettez reliziana que sort, en 1952 chez pathé, une rondelle de cire comportant trois titres :"gasmou tiaret", "trig tmouchent" et "er-raï er-raï" ( elle est accompagnée à la gasba at au guellal par habib et el menouer). mais c'est en 1954 qu'elle connaît son premier succès national avec "charrak gattà" ( pathé). quatre ans plus tard, "el-hmam" et "dabri dabri" imposerons définitivement la fière descendante de la tribu berbère des charguis comme le référence absolue. mythe entre les mythes, on s'arrache la " bienheureuse" ( signification de son prénom saâdia) pour animer les fêtes de mariages et des circoncisions"

il faut dire que remitti, féministe à son corps défendant, a chanté à l'aube des années 40-50 la difficulté d'être une femme et a introduit, en la détaillant, la notion de plaisir charnel. mais son champ thématique ne s'arrête pas là. en auteur prodigieusement fécond, elle a exploré toutes les formes de l'amour, célébré l'amitié, tente d'expliquer les noyades dans l'alcool et déploré l'obligation d'émigrer. elle a su également nous décrire la vie des nomades et des transhumants. aucun sujet n'a échappé à la sagacité de la cheikha, y compris les outils modernes ( la téléphone et le tgv). amour, pain et fantaisie, éloge spirituel des spiritueux. ses chants, pour qui sait décrypter entre les refrains et apprécier son ton mi-gouailleur, mi-véhément, nous apprennent l'attirance de la femme vers la lumière. par son audace marinée dans l'humour ou le vitriol, remitti a choqué bien des âmes puritaines. elle qui avait osé chanter les café juifs, en pleine guerre de libération, une ode à l'émir bd del kadar, va subir, dès l'indépendance, les foudres de la censure du fln ( le quotidien del moudjahid ne cessera, sans la nommer, de s'en prendre à ce "folklore perverti par le colonialisme")

aujourd'hui, à soixante-dix ans passés, se proclamant la " moum kalium" de l'algérie, remitti ne se satisfait qu'a moitié d'une consécration internationale. dans son pays ravagé par la violence, elle est toujours interdite d'antenne et de salle de spectacles. elle maugrée surtout contre les chebs qui l'ont " pompée " sans la créditer : " ces chanteurs qui balancent chants comme des kleenex nous font du tort. il ressassent ce qu'on chantait avant eux. mais le tamis va séparer le grain de l'ivraie", confie - t-elle à libération. la hadja, qui s'était produite en france une première fois en 1979, retourne régulièrement à oran où elle a établi ses quartiers d'été. elle ne boit ni ne fume depuis longtemps et vit encore dans une modeste chambre d'hôtel dans le 18 ème arrondissement de paris. un peu amère, elle constate tout de même que " les autres cheikhates, leur visage s'est refroidi ; moi après tant d'années et de chansons, le chandelle est encore allumée "
rabeh mezouane.

Ajouter le: 08/04/2008 19:44
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