tunisie: fixation médiatique sur la contagion au maroc que d'incohérences

tunisie: fixation médiatique sur la contagion au maroc que d'incohérences
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alors que la tunisie vit toujours au rythme des répliques provoquées par la chute de l'ancien régime, et qu'en algérie les immolations par le feu se multiplient, le maroc semble être au centre d'une fixation médiatique. tour d'horizon, non exhaustif, de ces incohérences.

les paris sont ouverts depuis quelques jours dans les médias internationaux sur une éventuelle possibilité de contagion au maroc par le jasmin tunisien. même si la tendance générale s'oriente vers l'invraisemblance d'un tel aboutissement, les pyromanes, sans jeu de mot de mauvais goût vu l'actualité, ne manquent pas dans ces médias.

un exemple nous est donné par une dépêche d'une agence internationale datée du 19 janvier: “le maroc, où les évènements de tunisie ont été suivis avec attention, connaît lui aussi des mouvements de protestation de jeunes diplômés chômeurs: le détonateur en tunisie de la révolte ayant conduit à la chute du président ben ali”. l'auteur de ces lignes qui rappelle que ces diplômés chômeurs observent des sit-in quasi quotidiennement depuis des années, dans l'indifférence générale, leur revendication ne trouvant pas de sympathie auprès de l'opinion publique, fait pourtant un raccourci hasardeux entre deux situations incomparables.

et pour cause, beaucoup de ces chômeurs n'ont d'yeux que pour la fonction publique où ils veulent être recrutés et pas ailleurs! une ébauche de solution avait pourtant été trouvée, en 2006, du temps de l'ancien premier ministre driss jettou (2002-2007) qui en avait recruté 865, mais leur fixation sur la seule fonction publique a fait échouer l'accord.

comparaison n'est pas raison

de son côté, mohamed tozy, professeur de sciences politiques à l'université hassan ii de casablanca, cité par l'agence, fait de même lorsqu'il affirme: il y a “beaucoup de parallèles entre le maroc et la tunisie: mêmes structures démographiques, mêmes demandes des jeunes sur le marché du travail”.

combien de pays à travers le monde, à commencer par les plus nantis, présentent des similitudes démographiques avec la tunisie et connaissent de sérieux problèmes d'emploi vis à vis de leur jeunesse. pourtant, ces pays ne semblent pas avoir connu une révolte qui a fait chuter leur régime!

en allusion à ces rassemblements, mohamed madani de l'université de rabat faisait justement remarquer dans cette même dépêche: “(...) mais cela n'a pas généré de mouvement comparable à ce qui s'est passé en tunisie”.

divinations

sous le titre divinatoire de “l'onde de choc de la révolution tunisienne du maroc au yémen”, lemonde.fr a ouvert ses colonnes à ses lecteurs.

en tête des intervenants, anass z. dit: “au maroc, tout le monde s'est posé la question de savoir si l'effet de contagion pouvait atteindre le royaume. question secrètement posée, mais presque jamais débattue en public. les gens se limitent à en discuter dans le secret de leur domicile, et la simple évocation de la question en public pourrait faire changer les couleurs de votre interlocuteur”... sans vouloir porter un quelconque jugement, il est difficile de croire que cet internaute ait lu la presse marocaine ou qu'il vit au maroc de 2011.

cependant, ater a. écrit dans ces mêmes colonnes: “aucun effet domino ne se profile à l'horizon, vu que presque plus personne ne conteste la légitimité de la monarchie, et surtout pas les classes moyennes et populaires –celles-là mêmes qui ont fait chuter ben ali–, qui au maroc voient le roi comme un sauveur, seul à même de les protéger des excès des fonctionnaires corrompus”.

même le blé n'y échappe pas

l'office national interprofessionnel des céréales et légumineuses (onicl) a publié, début janvier, un avis d'appel d'offres pour l'acquisition de 175.000 tonnes de céréales sur les marchés internationaux. prenant prétexte de cette transaction commerciale effectuée par le dixième importateur de céréales au monde, et sous le titre, dont les lecteurs jugeront de l'opportunité, “des céréales pour éviter une révolte”, la radio europe1 a écrit sur son site internet en citant michel portier, gérant de la société agritel: “on constate une accélération depuis le 1er janvier des achats, notamment de blé, de la part du maroc, de l'algérie et de la turquie notamment.”

contacté par aufait, deux importateurs majeurs de céréales au maroc ont pourtant confirmé le caractère “ordinaire” de cette opération: “c'est un appel d'offres qui permettra aux moulins de s'approvisionner en farine subventionnée directement auprès des importateurs. cela n'a rien d'exceptionnel. le maroc dispose d'un stock de céréales suffisant pour faire la soudure avec la prochaine campagne”.

une fois cette revue de presse effectuée, une question s'impose: combien sont-ils ces “experts” ès maghreb à avoir loué des années durant “le miracle économique tunisien? ceux-là mêmes qui n'y ont vu que du feu avant qu'un jeune tunisien ne s'immole...

samir benmalek




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Source : aufaitmaroc.com
Ajouter par : Ahmed RADAH
Publié le: 20/01/2011
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