ils sont pauvres ou riches, jeunes, moins jeunes, et sont entrés dans un univers où se confondent rêve et réalité. un univers de jeu où certains sont prêts à voler père et mère pour satisfaire leur dépendance.
l'histoire ressemble à un de ces scénarios de films américains avec gangsters et ripoux, à l'époque de la prohibition. mais elle se passe à casablanca, dans un café des environs de la route d'el jadida. c'est là que marwane (*), 25 ans, a tenu des paris illégaux sur les courses de chevaux pendant 2 ans.
une cinquantaine de parieurs venaient chaque jour, “des riches, des pauvres, des gens qui abandonnaient leur famille”, se souvient-il, pour venir dépenser de 350 à 9.000 dh, 20.000 pour certains.
l'histoire d'un homme surtout, marié à deux femmes, père de 9 enfants, et qui vivait dans un bidonville, a marqué le jeune homme. un employé d'une compagnie de transport urbain qui venait miser jusqu'à 500 dh, et dont les petits venaient, pleurant, pour tenter de le raisonner, de l'empêcher de tout perdre. en vain.
le cas n'était pas une exception mais plutôt la règle dans ce monde de paris illégaux que marwane, par crainte de devenir un véritable mafieux, a quitté en 2009 pour se faire fleuriste. car il reconnaît que dans cet univers, “couvert par certaines autorités qui touchaient leur part des gains”, il devenait mauvais. ce qui ne l'empêchait pas, en fin de journée, de rendre quelques dirhams - de quoi prendre un taxi, manger un bout - à des “kammar”, de gros parieurs qui avaient tout misé, tout perdu.
une dépendance qui prend tout
abdelkrim belhaj, psychosociologue, explique en effet que “dans notre société, l'addiction aux jeux existe, qu'elle est même derrière la faillite et la destruction de plusieurs foyers”, s'accompagnant également “d'autres types d'addictions, telles les drogues, l'alcool, ou d'autres problématiques telles que la dépression, l'anxiété ou le stress”.
cette dépendance, la ludopathie, qui s'installe selon un rythme progressif chez la personne qui commence à adopter une certaine régularité dans le jeu, a pour principal moteur l'argent, mais également le plaisir de gagner, et le défi lancé au hasard, selon le psychologue.
un combat dont les joueurs ressortent rarement vainqueurs, car “au jeu, en dehors du type qui tient les paris, il n'y a jamais de gagnant”, ironise marwane qui ramassait autour de 3.000 dh par jour, dont 1.000 pour le propriétaire du café, 800 à 900 dh pour lui, et une partie pour les employés qui l'aidaient à organiser les jeux.
un moteur: l'argent
mais tout comme on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs, il faut bien jouer pour gagner. c'est le credo de larbi, garçon de café, qui n'a remporté aucun gain depuis 2008 mais continue de miser chaque semaine une quarantaine de dirhams sur quelques “tocards”. dans son cas, le jeu reste une activité “acceptable”, c'est-à-dire, explique m. belhaj, “qu'il procure un certain plaisir, ou constitue un passe-temps, mais sans aller jusqu'à une implication psycho-émotionnelle exagérée”.
moins risquées que le pari illégal, mais aux conséquences tout aussi terribles parfois, les parties de poker entre amis peuvent mener à un “un état psychique dans lequel se confond la réalité avec l'irrationnel”, caractéristique des personnes aliénées par le jeu. mani(*), 20 ans aujourd'hui, se souvient encore comment il lui est arrivé de voler ses parents, les amis de ses parents, pour pouvoir satisfaire ses plaisirs: poker, cocaïne, alcool. petit, il détestait pourtant voir son père passer des nuits entières autour de tables de jeu. aujourd'hui, il reconnaît être entré dans la “spirale du jeu, ne pensant qu'au poker, et au moyen de (se) procurer de l'argent pour jouer”.
et l'adrénaline
atlas, créateur du site maroc poker online, a découvert le poker en 2005. il jouait sur le net, “pour le fun”, nous précise-t-il. cinq ans plus tard, la passion du poker est toujours maîtrisée chez cet homme qui “adore le jeu mais déteste le risque”, qui joue “pour les montées d'adrénaline magnifiques” mais préfère tout de même jouer en ligne, des tournois sans mise de départ, “parce que c'est gratuit mais que ça peut rapporter gros”.
pour les autres, ceux qui sont tombés dans le piège, des psychothérapies existent, “parmi lesquelles la thérapie cognitivo-comportementale (tcc) reste la plus opérationnelle, car elle intervient sur les croyances et les perceptions des personnes souffrant de cette addiction”, explique abdelkrim belhaj. cependant, il sait que la plupart des personnes en situation de dépendance aux jeux préfèrent garder ce secret, “par crainte de faire découvrir leur détresse, ou pour ne pas être considérées comme des malades mentaux”.
* prénoms modifiés
laïla ziraoui
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Source : aufaitmaroc.com
Ajouter par : Ahmed RADAH
Publié le: 16/07/2010
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