bob dylan (né robert allen zimmerman le 24 mai 1941 à duluth, minnesota) est un musicien américain qui est une figure majeure de la musique populaire depuis cinq décennies. son style musical a évolué au fil des années : rock, folk, country, et blues sont les exemples de la diversité de son œuvre.
la famille de bob dylan est venue d'europe de l'est en fuyant les pogroms contre les juifs. ses grands parents paternels étaient des juifs d'odessa. ils sont arrivés aux États unis en 1905. ses grands parents maternels étaient juifs lituaniens et sont arrivés aux États-unis en 1902.
depuis ses débuts dans les années 1960, dylan a, par ses textes et par sa recherche de voies nouvelles (à l’encontre de son public parfois), sensiblement marqué la culture musicale contemporaine : en témoignent les nombreux artistes qui se réclament de son influence (david bowie, neil young, jeff buckley, bruce springsteen, tom waits, elvis costello, etc.), ou le vaste répertoire des chansons qu'il a composées, dans lequel puisent des musiciens de tous les horizons et de toutes les générations (tom waits, elvis presley, the beatles, mark knopfler, neil young, u2, p.j. harvey, the white stripes, syd barrett, guns n' roses, jimi hendrix etc.).
les références dont s’inspire bob dylan pour faire évoluer son art sont non seulement à chercher du côté de musiciens américains légendaires, tels hank williams, woody guthrie et robert johnson, mais aussi chez des écrivains de la beat generation, comme jack kerouac ou allen ginsberg. il apprécie également arthur rimbaud, à qui il sera souvent comparé, et s’intéresse à des dramaturges, tel bertolt brecht.
au xxie siècle, près de 50 ans après la parution de son premier album, dylan parcourt le monde de concert en concert et continue de composer.
complexe, en constante évolution (il réinvente régulièrement chacun de ses standards dans différents registres, allant du rock agressif au jazz en passant par les ballades), proche des aspirations sociales et culturelles des époques qu’elle a traversées, l’œuvre de dylan a, peut-être plus que toute autre, fait évoluer le rôle de la musique populaire en occident (cf. analyses). depuis 1997, bob dylan est régulièrement mis en nomination pour l’obtention du prix nobel de littérature. par ailleurs, les textes de ses chansons, qui se situent entre poésie surréaliste et musique traditionnelle américaine, sont étudiés dans les universités américaines. son avant-dernier album studio, modern times, paru fin août 2006, est entré directement n°1 dans les charts aux États-unis, faisant de lui l'unique chanteur au monde alors âgé de 66 ans encore en vie, n°1 au hit parade.
les grands-parents de robert zimmerman sont originaires d'europe de l'est, dont ils ont fui les pogroms de la fin du xixe et du début du xxe siècle. ben d. stone, son grand-père maternel s'installe à hibbing, tandis que zigman zimmerman qui a fui odessa en 1907, s'installe à duluth, dans le minnesota. beatrice stone et abraham zimmerman, deux de leurs enfants, se marient en 1934 et donnent naissance à robert (bob) le 24 mai 1941. celui-ci passe sa petite enfance à duluth puis en 1947, déménage avec ses parents et david, son jeune frère, à hibbing.
dans son autobiographie , dylan écrit que sa grand-mère maternelle portait le nom de kirghiz, que la famille de celle-ci avait vécu à trabzon, sur la côte turque de la mer noire ; bien qu'elle eût grandi dans le district de kağızman, elle venait d'İstanbul, dans l'ouest de la turquie. son grand-père paternel était originaire de trabzon.
hibbing est à l'époque une ville minière d'environ 17 000 habitants, aux mœurs conservatrices et de tradition chrétienne. abraham, guéri de la poliomyélite qu'il a contractée à duluth, ouvre un magasin d'électro-ménager. vers l’âge de 8 ou 9 ans, robert s’initie au piano puis plus tard, à la guitare et à l’harmonica. il se passionne tout d’abord pour la musique country de hank williams dont il répète les morceaux, et écoute des radios qui diffusent du blues, tel que celui de muddy waters, howlin' wolf, john lee hooker et jimmy reed. il sera également marqué par elvis presley, buddy holly, bill haley et little richard, dont la gestuelle scénique et les attitudes anticonformistes fascinent la génération adolescente autant qu'elles scandalisent ses aînés.
au lycée, l'adolescent intègre des petites formations, telle que the golden chords, avec lesquelles il joue dans des fêtes et des talent contests. avec des amis partageant son goût pour la musique, il étend sa culture musicale en échangeant des disques de jazz et de rhythm and blues.
en septembre 1959, âgé de 18 ans, zimmerman s’inscrit à l’université du minnesota pour y suivre des cours d’art et s’installe à dinkytown, le quartier étudiant de minneapolis. peu assidu à des cours qu’il ne suivra que quelques mois, il découvre le folk (pete seeger, cisco houston) « des chansons qu’on tient toujours de quelqu’un ». il joue occasionnellement dans des cafés folk tels que the scholar ou the purple onion pour 2 ou 3 dollars, c’est à cette époque qu’il commence à se faire appeler bob dylan.
l’origine de ce nom fut longtemps considérée comme une référence au poète gallois dylan thomas, que zimmerman connaissait, mais il s’agit en réalité de la déformation de son deuxième prénom allen. au chicago daily news qui l'interrogeait en 1965 sur l'influence de dylan thomas sur le choix de son nom, il rétorquait : « non, bon dieu non. j'ai pris le dylan parce que j'ai un oncle qui s'appelle dillion. j'ai modifié l'orthographe mais seulement parce que ça faisait mieux. j'ai lu des trucs de dylan thomas et ça ne ressemble pas aux miens. ». le 9 août 1962, dylan fait légalement changer son nom à la cour suprême.
dylan est un gamin aux allures de vagabond, sa façon de jouer de la guitare est jugée presque convenable, sa voix trop monotone, trop rauque, mais il séduit. il apprend beaucoup et vite : en recherche continuelle de nouvelles chansons à apprendre, il profite notamment de la culture et des discothèques folk des parents de ses amis – à une époque où les disques folk sont rares et précieux. affabulant parfois, dylan acquiert progressivement toutes les caractéristiques d'un chanteur folk authentique.
il fait la connaissance de david whittaker, étudiant de gauche avec qui il devient ami, et par lequel il découvre woody guthrie, dont il dévore l’autobiographie, bound for glory. en décembre 1960, dylan prend la route de new york pour y rencontrer son idole, malade de la chorée de huntington, qui séjourne au greystone hospital, dans le new jersey.
après un séjour de quelques semaines à chicago, dylan arrive à new york assiégée par le froid, à la fin de janvier 1961. il se rend directement à greenwich village, un quartier bohème où cohabitent chanteurs, artistes et militants politiques ; le soir même, il joue au café wha?. il se rend au chevet de woody et au fur et à mesure des visites, les deux hommes sympathisent. dylan fait la connaissance des gleason, chez qui guthrie passe ses week-ends, et dont l'appartement de east orange s’est peu à peu transformé autour de guthrie en un lieu de créativité où se réunissent les plus grands noms de la scène folk, comme cisco houston, jack elliot, ou encore pete seeger. ne dédaignant pas l’hospitalité des gleason, dylan étudie et répète les enregistrements de guthrie que ceux-ci possèdent.
arrivé à new york depuis peu, dylan n'a donc pas tardé à nouer des relations, mais, considéré comme trop marginal par les propriétaires de café, il peine à se faire engager « man there said come back some other day, / you sound like a hillbilly / we want folk singer here ». en avril 1961 cependant, il joue devant la société de musique folk de l’université de new york, au loeb student center. À cette occasion, dylan rencontre susan rotolo, âgée de 17 ans. dessinatrice, peintre, suze ne représente pas le stéréotype de l’admiratrice inconditionnelle. son implication dans les mouvements étudiants, sa connaissance de brecht, de rimbaud, de villon participent à la métamorphose d’un dylan légèrement anachronique, jouant volontiers l'ignorance, en un auteur brillant dont la plume incarnera le réveil des consciences politiques endormies.
lors de soirées pour débutants (des hoots, ou hootnanny) d’un club célèbre du village, le gerde’s folk city, dylan est repéré par son directeur mike porco, qui l'engage pour deux semaines, sur les conseils de robert shelton, critique musical au new york times : le 11 avril 1961 constitue le premier engagement d'importance pour dylan, où il joue en première partie de john lee hooker, un guitariste « incroyable », encore peu connu du grand public. lorsque mike porco reprogramme dylan le 26 septembre, robert shelton est présent et publie trois jours plus tard un article très élogieux sur « un nouveau styliste du folk », qui renforce la notoriété naissante de dylan.
la renaissance folk ne se développe cependant pas au seul greenwich village : à cambridge, en nouvelle-angleterre, joan baez et eric von schmidt enthousiasment également leur public, notamment à l’unicorn et au club 47. c’est à ce dernier que dylan rencontre carolyn hester, une chanteuse de folk qui vient de signer avec columbia records. carolyn est à la recherche d’un harmoniciste pour l’album auquel elle travaille, et propose la place à dylan, qui accepte. lors des séances d’enregistrement, dylan joue à carolyn un morceau qu’il a composé, come back baby, qui séduit john h. hammond, un des directeurs artistiques de columbia. au fur et à mesure des séances, hammond prend conscience du talent de dylan et, malgré les réticences de sa direction, lui fait signer un contrat : « j’ai vu ce gosse avec sa casquette qui jouait de l’harmonica – pas terrible d’ailleurs, mais j’ai tout de suite été séduit. je lui ai demandé s’il savait chanter. s’il composait. s’il ne voulait pas enregistrer. » .
l’imprésario de dylan s’appelle al grossman, agent célèbre et controversé de new york : salué pour les succès auxquels il a participé, il est aussi critiqué pour ses objectifs essentiellement commerciaux, peu conciliables avec la misère populaire que dénoncent les chanteurs folk. grossman est également le cofondateur, avec george wein, propriétaire d’un club folk à boston, en 1959, du festival folk de newport, et gère les carrières du kingston trio, d’odetta et du trio folk peter, paul and mary. cachant son intérêt à promouvoir la carrière de dylan, grossman incite izzy young, propriétaire du folklore center au village à produire le premier concert de dylan en tête d’affiche, au carnegie chapter hall, le 4 novembre 1961.
en mars 1962 paraît le premier album de dylan (bob dylan, 1962). composé de reprises folk et blues, il contient également deux titres originaux : talkin' new york et song to woody. le disque, confiné au cénacle folk, se vend mal, mais le contrat de dylan, fermement défendu par hammond et johnny cash, n'est pas rompu, comme il fut au départ envisagé.